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Connaissance de l'état des peuplements de poisson et de macrocrustacés des eaux douces de La Réunion. Caractérisation des espèces endémiques, biorépartition et application à la gestion

Coordinateur(s)
Pierre Bosc, ARDA (Association Réunionaise de Développement de l'Aquaculture)
Partenaire(s)

ENSAT (Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Toulouse) - Equipe Environnement Aquatique et Aquaculture

MNHN - Service du patrimoine naturel

Université de Montpellier II - Laboratoire Génome et Population

Université de La Rochelle - Laboratoire et Biologie et Environnement Marins

Université de Perpignan - EPHE-Ecole Pratique des Hautes Etudes

Les milieux aquatiques subissent de plus en plus de pressions : captage d’eau, aménagement des berges, pollutions, qui fragilisent les populations piscicoles déjà sujettes à des conditions naturellement contraignantes pour leur développement : crues cycloniques, étiages sévères, obstacles à la colonisation des cours d’eau. Il devient urgent de définir et de mettre en place des mesures de suivi et de gestion des espèces les plus exploitées, pour en assurer la pérennité.

L'objectif de ce projet de recherche est la caractérisation des peuplements piscicoles et des dynamiques migratoires des espèces diadromes exploitées dans les eaux douces de La Réunion (Anguillidae et Gobiidae) afin de produire des connaissances pour la mise en place de mesures de gestion et de conservation.

Cette perspective globale peut être déclinée en objectifs particuliers :

  • caractériser l'état des peuplements piscicoles des eaux douces de La Réunion
  • caractériser le statut génétique des Gobiidés migrateurs ou bouches rondes Sicyopterus lagocephalus et Cotylopus acutipinnis,
  • décrire la biologie de la reproduction et le développement larvaire chez les bouches-rondes (gobiidae amphidrome),
  • préciser les modalités de recrutement des espèces d’Anguillidae de La Réunion.


Résultats

Caractérisation génétique du statut des gobiidés migrateurs de l'île de La Réunion

Chez Sicyopterus lagocephalus , il n'y a pas de divergence génétique entre échantillons prélevés dans chaque rivière, mais plutôt une hétérogénéité qui se retrouve au sein de chaque échantillon d’une même rivière. Les analyses multidimensionnelles mettent en évidence au moins deux pôles génétiques d'origine inconnue. Mais cette structure est différente suivant les années, montrant son instabilité temporelle. Les peuplements de la Réunion représentent un même pool génique, d'origine complexe et probablement multiple.

Les hypothèses biologiques qui peuvent être proposées pour expliquer ces deux pôles génétiques observés dans chaque échantillon sont soit une hétérogénéité des individus lors de chaque recrutement, soit une différence saisonnière des individus lors des recrutements. La sélection différentielle des larves pélagiques en mer ou encore les origines multiples des juvéniles entrant en rivière (Maurice, Madagascar...) seraient les mécanismes capables de produire ces hétérogénéités. Les types génétiques peuvent changer à chaque recrutement.
Ces hypothèses pourront être testées par l’analyse des échantillons d'adultes vivant dans d'autres îles et le suivi de l'homogénéité dans le temps des juvéniles au recrutement dans les embouchures.

Pontes et premiers stades larvaires chez les cabots bouche-rondes de La Réunion

Le développement gonadique des femelles est lié à la température de l’eau. Une température moyenne journalière trop faible (inférieure à 18,5°C) ou trop élevée (supérieure à 22,5°C) nuit au développement des gonades. Cette condition de température est nécessaire mais pas suffisante, l’embonpoint des poissons par exemple, doit aussi être suffisamment élevé pour amorcer la maturation des ovocytes chez les femelles.

L’analyse des pontes a mis en évidence une homogénéité du substrat à leur emplacement. Le "nid" de la ponte des cabots bouche-rondes est constitué d’un support (gros galet, 10 à 20 cm ou petit bloc, 20 à 60 cm) et d’un mélange de substrats plus fins, formant une"litière" (sable 0,06 à 0,2 cm et graviers 0,2 à 2 cm). La ponte est déposée sur la surface enfouie du support, à l’abri du courant. En revanche, les paramètres hydrodynamiques (hauteur et vitesse de l’eau) ne semblent pas discriminants.

A l’éclosion, les alevins mesurent 2 mm, ils sont translucides et des ébauches d’organes sont déjà visibles : ce stade correspond à la pré-larve. Aucun développement supplémentaire n’est apparu en eau douce. Entre 20 et 23°C, ces pré-larves peuvent survivre 36 heures. Au bout de 72 heures 50% sont encore en vie. Toutes meurent avant 90 heures.
En eau douce, le déplacement des alevins est caractérisé par une alternance de périodes de nage verticale et de repos (chute). Ce comportement réflexe de nage, assez fréquemment observé chez les espèces amphidromes euryhalines , leur permet de se maintenir dans la partie supérieure du courant où les vitesses sont plus élevées, et d’où ils peuvent être rapidement emportés jusqu’à l’océan.
Le passage de l’eau douce à l’eau de mer déclenche la mobilisation des réserves vitellines et conditionne le début du développement.

Recrutement et colonisation des cours d’eau par les Anguillidés

Sur l’île de La Réunion, dans la rivière des Roches, l’espèce Anguilla marmorata domine largement, suivie par A. bicolor bicolor et A. mossambica.

Une année de piégeage sur l’île de La Réunion à montré que la période de recrutement dure pendant toute la saison cyclonique, soit habituellement de décembre à mars, et il existe une différence de la période entre les espèces. De plus, les civelles de A. bicolor bicolor sont remarquablement plus jeunes au lors du recrutement dans la rivière des Roches comparées à A. marmorata et A. mossambica. Cette différence signifierait que les routes migratoires sont distinctes entre ces espèces.

Lors de la première année de reproduction, les civelles de A. marmorata ont une taille moyenne de 53,3±2.5mm (rivière des Roches). Les juvéniles collectés en aval du barrage mesuraient 95,9±6.3 mm après 2 mois de vie en eau douce. La croissance estuarienne peut donc être estimée à 20 mm.mois-1. Le taux de croissance fléchit ensuite à moins de 15 mm.mois-1 pour les anguilles.

La combinaison de deux méthodes d’échantillonnages complémentaires (i.e. pêche électrique et passe à anguilles) a montré que la migration des juvéniles de A. marmorata a lieu principalement de décembre à octobre, et s’accélère de janvier à avril. La fraction migrante de la population d’anguilles est composée de juvéniles nouvellement recrutés, (80 à 160 mm) qui ont pénétré le système estuarien 2 à 4 mois avant leur capture dans le piège de montée.

La taille des anguilles collectées durant les campagnes de pêche montre que la population de A. marmorata est structurée par l’arrivée des nouvelles recrues et leur survie. L’arrivée des anguilles et leur colonisation consécutive des systèmes rivulaires varient selon les années sur l’île de La Réunion. Les facteurs-clé déterminant ces variations, i.e. le recrutement des juvéniles et les crues, sont de fait imprévisibles.

Les peuplements d’Anguillidés des îles de La Réunion et Maurice sont relativement proches d’une île à l’autre. Anguilla marmorata domine largement (près de 90%) et la répartition des individus par classe de taille est très similaire jusqu’à 400 mm, au-delà de cette taille nous ne trouvons pratiquement plus d’individus en cours d’eau à La Réunion. A. mossambica, A. bicolor bicolor et A. nebulosa labiata sont également présentes dans les deux îles, mais seulement dans certaines rivières.
Les densités de population de l’espèce A. marmorata sont faibles, 3 à 4 fois inférieures dans les cours d’eau réunionnais et mauriciens que dans leurs homologues Polynésiens. Une préférence pour les faciès lotiques est observée chez l’espèce A. marmorata.