{"id":17,"date":"2025-03-07T19:47:05","date_gmt":"2025-03-07T18:47:05","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:8888\/?page_id=17"},"modified":"2025-03-10T13:16:40","modified_gmt":"2025-03-10T12:16:40","slug":"enjeux-autour-des-forets-anciennes","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.gip-ecofor.org\/cartofora\/enjeux-autour-des-forets-anciennes\/","title":{"rendered":"Enjeux autour des for\u00eats anciennes"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"wp-block-heading\">Les for\u00eats anciennes<\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Enjeux autour des for\u00eats anciennes<\/h2>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Un retour de la Gaule chevelue&nbsp;?<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>On entend fr\u00e9quemment dire que la France n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi bois\u00e9e qu\u2019actuellement, ce qui est une r\u00e9alit\u00e9 si l\u2019on consid\u00e8re la for\u00eat selon sa d\u00e9finition du dictionnaire Larousse, \u00ab&nbsp;une vaste \u00e9tendue plant\u00e9e d\u2019arbres&nbsp;\u00bb&nbsp;: rien que dans les d\u00e9cennies 1980-1990, la surface foresti\u00e8re nationale a progress\u00e9 en moyenne de 73&nbsp;000 ha par an selon l\u2019Inventaire Forestier National (IFN1). De l\u00e0 \u00e0 consid\u00e9rer que l\u2019antique sylve a progress\u00e9, il n\u2019y a qu\u2019un pas \u00e0 franchir, qui serait pourtant une erreur. Car si la for\u00eat progresse, c&rsquo;est que des terres autrefois cultiv\u00e9es sont retourn\u00e9es \u00e0 la for\u00eat apr\u00e8s une phase de d\u00e9prise agricole, alors m\u00eame que, souvent, dans le m\u00eame temps, des terres jadis bois\u00e9es sont d\u00e9frich\u00e9es pour r\u00e9pondre aux besoins nouveaux de l\u2019agriculture, de l\u2019urbanisation, ou des infrastructures de transport.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Changements d\u2019usage des terres&nbsp;: une composante sous-estim\u00e9e du changement global<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>La r\u00e9cente progression de la surface foresti\u00e8re fran\u00e7aise n\u2019est qu\u2019une manifestation des modifications d\u2019usage des terres, l\u2019une des composantes trop souvent n\u00e9glig\u00e9e de ce qu&rsquo;il est convenu d&rsquo;appeler \u00ab&nbsp;changements globaux&nbsp;\u00bb. Dans ce domaine, bien que le r\u00e9chauffement climatique occupe le devant de la sc\u00e8ne, d&rsquo;autres facteurs au moins aussi importants, du moins jusqu\u2019ici, comme les changements d&rsquo;usage des terres, la fragmentation des habitats, les invasions biologiques ou les retomb\u00e9es atmosph\u00e9riques d&rsquo;azote peuvent interagir avec lui et aggraver ses effets sur la biodiversit\u00e9 et le fonctionnement des \u00e9cosyst\u00e8mes, donc sur les biens et services rendus aux soci\u00e9t\u00e9s humaines. La progression de la surface bois\u00e9e en France s\u2019inscrit dans une tendance g\u00e9n\u00e9rale en Europe (Sitzia et al., 2010), o\u00f9 2,9 millions d&rsquo;hectares de for\u00eats sont apparus entre 1990 et 2000&nbsp;(une tendance que l\u2019on retrouve aussi en Am\u00e9rique du nord&nbsp;; Flinn &amp; Vellend 2005).<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>L\u2019\u00e9mergence du concept de \u00ab&nbsp;for\u00eat ancienne&nbsp;\u00bb<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Constatant que la biodiversit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale et le fonctionnement des \u00e9cosyst\u00e8mes forestiers \u00e9taient fortement influenc\u00e9s par la dur\u00e9e depuis laquelle un terrain \u00e9tait bois\u00e9, une attention particuli\u00e8re a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e \u00e0 l\u2019anciennet\u00e9 des \u00e9tats bois\u00e9s. En quelques d\u00e9cennies, en particulier suite aux travaux du britannique Georges Peterken (1981), le concept de \u00ab&nbsp;for\u00eat ancienne&nbsp;\u00bb (qui s\u2019oppose \u00e0 celui de \u00ab&nbsp;for\u00eat r\u00e9cente&nbsp;\u00bb) s\u2019est impos\u00e9 dans la litt\u00e9rature scientifique (Hermy &amp; Verheyen 2007).<\/p>\n\n\n\n<p>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;une for\u00eat ancienne ? Il y a souvent une confusion entre for\u00eat \u00ab&nbsp;ancienne&nbsp;\u00bb et for\u00eat \u00ab&nbsp;naturelle&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;primaire&nbsp;\u00bb. Une for\u00eat ancienne est une for\u00eat \u00e9tablie sur un sol dont la continuit\u00e9 de l\u2019occupation foresti\u00e8re est attest\u00e9e depuis plusieurs si\u00e8cles sans interruption. La date de r\u00e9f\u00e9rence change d&rsquo;un pays \u00e0 l&rsquo;autre, en fonction des documents historiques disponibles. Par exemple, si pour la Grande-Bretagne des cartes sont disponibles pour le 17\u00e8me si\u00e8cle, pour la France la carte de&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.gip-ecofor.org\/cartofora\/index.php?sujet=cassini\">Cassini<\/a>&nbsp;ne date que de la fin du 18\u00e8me si\u00e8cle, pour le sud de la Su\u00e8de les cartes fiables les plus anciennes ne datent que du d\u00e9but du 19\u00e8me si\u00e8cle. Le caract\u00e8re ancien ou r\u00e9cent d&rsquo;une for\u00eat est ind\u00e9pendant du fait qu&rsquo;elle soit g\u00e9r\u00e9e ou non. Une for\u00eat g\u00e9r\u00e9e de mani\u00e8re intensive peut \u00eatre une for\u00eat ancienne, pourvu que le sol ait \u00e9t\u00e9 continuellement bois\u00e9 depuis plusieurs si\u00e8cles. Par opposition, une for\u00eat r\u00e9cente est une for\u00eat \u00e9tablie sur un sol anciennement cultiv\u00e9 ; elle est donc la manifestation d&rsquo;un changement d&rsquo;usage du sol.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Une for\u00eat ancienne n\u2019est pas une for\u00eat \u00ab&nbsp;primaire&nbsp;\u00bb<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Il ne faut pas confondre for\u00eat ancienne et \u00ab&nbsp;vieille for\u00eat&nbsp;\u00bb. Alors que le concept de for\u00eat ancienne renvoie \u00e0 la continuit\u00e9 foresti\u00e8re d&rsquo;un sol, celui de vieille for\u00eat (ou for\u00eat \u00ab&nbsp;en \u00e9volution naturelle&nbsp;\u00bb) renvoie \u00e0 une for\u00eat soustraite \u00e0 toute influence significative de l&rsquo;homme depuis longtemps (quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es \u00e0 plusieurs si\u00e8cles) et qui r\u00e9pond \u00e0 certains crit\u00e8res de naturalit\u00e91 et ce, quel que soit son origine et son anciennet\u00e9. Par opposition, une \u00ab&nbsp;jeune&nbsp;\u00bb for\u00eat est une for\u00eat dont l\u2019\u00e2ge des arbres est faible \u00e0 mod\u00e9r\u00e9, du fait de la r\u00e9cente afforestation (spontan\u00e9e ou issue de plantations) ou parce que le vieillissement est emp\u00each\u00e9 par la gestion foresti\u00e8re et ce, que la for\u00eat soit r\u00e9cente ou ancienne. Une vieille for\u00eat se reconna\u00eet \u00e0 la pr\u00e9sence d&rsquo;esp\u00e8ces et de communaut\u00e9s li\u00e9es aux diff\u00e9rentes phases sylvig\u00e9n\u00e9tiques et, en particulier, \u00e0 la pr\u00e9sence de phases de s\u00e9nescence du peuplement forestier. Cette d\u00e9finition porte ainsi sur la qualit\u00e9 et sur la quantit\u00e9 des habitats intra-forestiers. Certaines esp\u00e8ces embl\u00e9matiques, comme, par exemple, le pic mar, le pic-prune, l\u2019\u00e9pipogon aphylle, le dicrane vert, ou le lichen Lobaria pulmonaria, sont souvent consid\u00e9r\u00e9s comme des indicateurs de naturalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>La difficile enqu\u00eate pour trouver les for\u00eats anciennes fran\u00e7aises<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>En France on estime que le minimum forestier fut atteint vers 1830. En premi\u00e8re approximation et de mani\u00e8re relativement sp\u00e9culative, on estime souvent que les bois pr\u00e9sents \u00e0 cette date devaient l\u2019\u00eatre depuis longtemps ; ils pourraient alors \u00eatre qualifi\u00e9s de for\u00eats anciennes. A contrario, les terres qui se sont bois\u00e9es depuis cette date correspondent indubitablement \u00e0 des for\u00eats r\u00e9centes. Pour la France, la carte d\u2019envergure nationale la plus ancienne permettant de reconstituer l\u2019\u00e9tat bois\u00e9 ou non des terres est la carte de&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.gip-ecofor.org\/cartofora\/index.php?sujet=cassini\">Cassini<\/a>. Malgr\u00e9 ses impr\u00e9cisions et le fait que les petits bois n&rsquo;y aient pas \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9s, c&rsquo;est un document utile pour appr\u00e9cier le couvert forestier national \u00e0 l&rsquo;aune de la R\u00e9volution fran\u00e7aise (Vallauri et al., 2012). De mani\u00e8re beaucoup plus pr\u00e9cise, on peut tenter de reconstituer l&rsquo;histoire du couvert forestier \u00e0 l&rsquo;aide de documents d&rsquo;archives, comme des plans cadastraux ou des cartes anciennes (et, notamment, les Cartes d\u2019Etat major du 19\u00e8me si\u00e8cle). Cependant, il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une t\u00e2che de longue haleine, qui n&rsquo;est gu\u00e8re r\u00e9alisable que sur des secteurs g\u00e9ographiques restreints. C&rsquo;est en se livrant \u00e0 ce type de reconstitution que l&rsquo;on s&rsquo;aper\u00e7oit qu\u2019il existe une tr\u00e8s forte variabilit\u00e9 interr\u00e9gionale, m\u00eame si la France n&rsquo;a effectivement jamais \u00e9t\u00e9 autant bois\u00e9e depuis au moins l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale. Par exemple, la surface foresti\u00e8re est rest\u00e9e beaucoup plus stable en zone de plaine qu&rsquo;en zone de montagne, o\u00f9 elle a beaucoup progress\u00e9 suite \u00e0 l&rsquo;exode rural et \u00e0 la d\u00e9prise agricole qui a suivi. Surtout, l\u00e0 o\u00f9 la surface foresti\u00e8re est rest\u00e9e stable, la surface de for\u00eat ancienne, elle, a souvent fortement r\u00e9gress\u00e9, t\u00e9moignant d&rsquo;un important degr\u00e9 de rotation dans l&rsquo;usage des terres&nbsp;: les massifs forestiers anciens ont continu\u00e9 \u00e0 \u00eatre d\u00e9bois\u00e9s, tandis que d&rsquo;anciennes terres agricoles sont retourn\u00e9es \u00e0 la for\u00eat (Jamoneau et al., 2010&nbsp;; De Keersmaeker et al., 2015). Un m\u00eame massif forestier actuel peut d\u2019ailleurs \u00eatre constitu\u00e9 de parties anciennes et de parties r\u00e9centes, plus ou moins assembl\u00e9es en mosa\u00efque, par exemple lorsque des clairi\u00e8res culturales se sont rebois\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Des enjeux pour la biodiversit\u00e9\u2026<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>C\u2019est la biodiversit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale qui a focalis\u00e9 le plus d\u2019attention. Les diff\u00e9rences floristiques entre for\u00eats anciennes et for\u00eats r\u00e9centes ont fait l&rsquo;objet de nombreux travaux, principalement en Europe et en Am\u00e9rique du Nord. Une for\u00eat ancienne se caract\u00e9rise par la pr\u00e9sence, voire la dominance, d&rsquo;esp\u00e8ces dont les capacit\u00e9s de colonisation sont limit\u00e9es&nbsp;: entre 20 cm et 1 m par an, avec la quasi incapacit\u00e9 de coloniser un fragment forestier r\u00e9cent distant de plus de 200 m d&rsquo;une population source. Des listes d&rsquo;esp\u00e8ces de for\u00eats anciennes ont \u00e9t\u00e9 dress\u00e9es pour plusieurs pays d&rsquo;Europe (Hermy et al. 1999), parmi lesquelles on trouve des esp\u00e8ces communes de nos for\u00eats, comme l&rsquo;an\u00e9mone des bois, le muguet, la jacinthe des bois, la parisette \u00e0 quatre feuilles, l\u2019ail des ours, l\u2019oxalide, le ma\u00efanth\u00e8me, qui ont toutes une tr\u00e8s faible capacit\u00e9 colonisatrice. Les for\u00eats r\u00e9centes sont au contraire caract\u00e9ris\u00e9es par des esp\u00e8ces \u00e0 forte capacit\u00e9 de colonisation, souvent banales, comme, par exemple, la v\u00e9ronique \u00e0 feuilles de lierre, le gaillet gratteron, la houlque molle ou l&rsquo;ortie (Hermy &amp; Verheyen, 2007). Beaucoup d\u2019esp\u00e8ces de for\u00eats anciennes ont comme vecteur de dispersion les fourmis (myrm\u00e9cochorie) ou la gravit\u00e9 (barochorie), tandis que les esp\u00e8ces de for\u00eats r\u00e9centes sont plut\u00f4t dispers\u00e9es par endo- ou par ectozoochorie. La reconstitution post-culturale de la for\u00eat est un processus lent, qui prend plusieurs si\u00e8cles, voire davantage. Par exemple, d\u2019anciens champs gallo-romains h\u00e9bergent aujourd\u2019hui une v\u00e9g\u00e9tation foresti\u00e8re qui porte encore les traces de ces usages anciens du sol (Dupouey et al., 2002). Ce processus est tr\u00e8s d\u00e9pendant de la densit\u00e9 foresti\u00e8re environnante, d\u2019o\u00f9 d\u2019importantes variations inter-r\u00e9gionales (De Frenne et al., 2011). Par ailleurs l&rsquo;immense majorit\u00e9 des esp\u00e8ces de for\u00eats anciennes n&rsquo;a pas de banque de graines permanente dans le sol (Decocq et al., 2004a&nbsp;; Hermy &amp; Verheyen, 2007) et les banques de graines transitoires ne survivent gu\u00e8re \u00e0 un \u00e9pisode de mise en culture. Ces esp\u00e8ces sont en plus tr\u00e8s sensibles aux pratiques sylvicoles&nbsp;(Decocq et al., 2004b). Il est donc crucial de mettre l\u2019effort de conservation sur les for\u00eats anciennes qui ont subsist\u00e9 pour pr\u00e9server durablement ces esp\u00e8ces.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>\u2026et pour les services \u00e9cosyst\u00e9miques rendus pas cette biodiversit\u00e9&nbsp;!<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Les usages anciens des terres modifient fortement les propri\u00e9t\u00e9s physico-chimiques et microbiologiques des sols (Verheyen et al., 1999), ce qui retentit sur la biodiversit\u00e9 foresti\u00e8re, mais aussi sur le fonctionnement de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me et, donc, sur les services \u00e9cosyst\u00e9miques d\u00e9livr\u00e9s aux soci\u00e9t\u00e9s humaines. Par exemple, les anciennes pratiques agricoles et pastorales sont connues pour accro\u00eetre la fertilit\u00e9 des sols via une augmentation des teneurs en azote et en phosphore, y compris longtemps apr\u00e8s que la for\u00eat ait recolonis\u00e9 les terrains abandonn\u00e9s. Il en r\u00e9sulte une&nbsp;<strong>vitesse de croissance et une productivit\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9e en for\u00eat r\u00e9cente qu\u2019en for\u00eat ancienne<\/strong>&nbsp;(Freschet et al., 2014). Les capacit\u00e9s de&nbsp;<strong>stockage de carbone par les sols et la biomasse foresti\u00e8re<\/strong>, cruciales en contexte de hausse continue des teneurs atmosph\u00e9riques en CO2, sont \u00e9galement fortement influenc\u00e9es par l\u2019anciennet\u00e9 de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me forestier.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Et les autres usages du sol&nbsp;?<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas que des terres anciennement cultiv\u00e9es qui sont retourn\u00e9es \u00e0 la for\u00eat. Des sites aujourd\u2019hui forestiers correspondent \u00e0 d\u2019autres types d\u2019usage ancien, notamment des zones jadis fortement anthropis\u00e9es (Dupouey et al., 2002)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Des&nbsp;<strong>habitats humains d\u00e9saffect\u00e9s<\/strong>. Une \u00e9tude men\u00e9e en for\u00eat de Compi\u00e8gne a montr\u00e9 que les anciens sites gallo-romains h\u00e9bergeaient de nombreuses esp\u00e8ces eutrophiques, neutrophiles et cryptog\u00e9niques, tandis que dans la for\u00eat environnante se trouvaient les esp\u00e8ces dites de for\u00eats anciennes (Plue et al., 2008). Des sites compl\u00e8tement artificiels, comme les mottes castrales (\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale), h\u00e9bergent une flore rud\u00e9rale qui contraste toujours avec le reste de la v\u00e9g\u00e9tation foresti\u00e8re, m\u00eame pr\u00e8s de mille ans apr\u00e8s leur abandon (Closset-Kopp &amp; Decocq, 2015). \u2022 des anciennes voies de communication. Les r\u00e9seaux viaires sont des lieux de passage intensif, pour l\u2019homme, mais parfois aussi pour les animaux. Milieux fortement anthropis\u00e9s, ils sont des sites privil\u00e9gi\u00e9s pour l\u2019implantation et la naturalisation d\u2019esp\u00e8ces plus ou moins exotiques qui pourront \u00e9ventuellement coloniser les milieux adjacents. D\u2019anciennes routes aujourd\u2019hui recolonis\u00e9es par la for\u00eat peuvent ainsi avoir servi de point d\u2019entr\u00e9e de certaines esp\u00e8ces dans la for\u00eat. Par exemple, l\u2019ancienne voie romaine Orl\u00e9ans-Sens qui traverse la partie m\u00e9ridionale de la for\u00eat domaniale d\u2019Orl\u00e9ans h\u00e9berge une flore calcicole tr\u00e8s originale, quasi absente du reste de la for\u00eat dont la tonalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale est plut\u00f4t acidiphile (Ghestem et al., 2003). La petite pervenche y forme de large tapis uniquement cantonn\u00e9s \u00e0 cette ancienne voie romaine. A l\u2019\u00e9chelle du massif, cette ancienne route repr\u00e9sente un \u00ab&nbsp;hotspot&nbsp;\u00bb de biodiversit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les paysages forestiers conservent la m\u00e9moire des usages anciens au travers d\u2019art\u00e9facts vari\u00e9s. Il est donc important d\u2019avoir la connaissance la plus exhaustive possible et \u00e0 la r\u00e9solution spatiale la plus fine possible pour comprendre la biodiversit\u00e9 contemporaine et les services \u00e9cosyst\u00e9miques qu\u2019elle d\u00e9livre. Cela passe par la cartographie des usages anciens du sol.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>De la n\u00e9cessit\u00e9 de pr\u00e9server les for\u00eats anciennes<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>La conservation des for\u00eats anciennes est aussi importante que celle des derni\u00e8res for\u00eats \u00ab&nbsp;naturelles&nbsp;\u00bb<\/strong>. Seul habitat de qualit\u00e9 pour un grand nombre d\u2019esp\u00e8ces foresti\u00e8res, elles sont soumises \u00e0 diverses pressions anthropiques&nbsp;: destruction, fragmentation, r\u00e9chauffement climatique, eutrophisation (enrichissement en azote), changement de sylviculture, etc. Une biodiversit\u00e9 aujourd\u2019hui \u00ab&nbsp;ordinaire&nbsp;\u00bb en d\u00e9pend pour sa survie&nbsp;; si une attention particuli\u00e8re n\u2019est pas port\u00e9e \u00e0 ces for\u00eats, cette biodiversit\u00e9 pourrait devenir extraordinaire \u00e0 terme. Il importe donc de porter \u00e0 connaissance la valeur de ces for\u00eats anciennes au sein des paysages anthropis\u00e9s et de bien conna\u00eetre la localisation des for\u00eats anciennes pour \u00e9viter leur \u00e9ventuelle d\u00e9gradation ou remplacement par d\u2019autres types d\u2019usage. Dans le contexte d\u2019intensification des pr\u00e9l\u00e8vements de bois, il faut aussi s\u2019assurer que les pratiques de gestion ne fassent pas dispara\u00eetre les esp\u00e8ces de for\u00eats anciennes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:700\">R\u00e9f\u00e9rences cit\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Closset-Kopp D., Decocq G., 2015. Remnant artificial habitats as biodiversity islets into forest oceans. Ecosystems, vol. 18, pp. 507-519<\/li>\n\n\n\n<li>De Frenne P., Baeten L., Graae B.J., Brunet J., Wulf M., Orczewska A., Kolb A., Jansen I., Jamoneau A., Jacquemyn H., Hermy M., Diekmann M., De Schrijver A., De Sanctis M., Decocq G., Cousins S.A.O., Verheyen K., 2011. Interregional variation in the floristic recovery of post-agricultural forests. Journal of Ecology vol. 99, pp.600-609.<\/li>\n\n\n\n<li>Decocq G., Valentin B., Toussaint B., Hendoux F., Saguez R., Bardat J., 2004a. Soil seed bank composition and diversity in a managed temperate deciduous forest. Biodiversity and Conservation vol. 13, pp.2485-2509.<\/li>\n\n\n\n<li>Decocq G., Aubert M., Dupont F., Alard D., Saguez R., Wattez-Franger A., de Foucault B., Delelis-Dusollier A., Bardat J., 2004b. Plant diversity in a managed temperate forest: understory response to two silvicultural systems. Journal of Applied Ecology vol. 41, pp. 1065-1079.<\/li>\n\n\n\n<li>De Keersmaeker, L., Onkelinx, T., De Vos, B., Rogiers, N., Vandekerkhove, K., Thomaes, A., De Schrijver, A., Hermy, M. &amp; Verheyen, K., 2015. The analysis of spatio-temporal forest changes (1775-2000) in Flanders (northern Belgium) indicates habitat-specific levels of fragmentation and area loss. Landscape Ecology, vol. 30, pp. 247-259<\/li>\n\n\n\n<li>Dupouey J.-L., Dambrine E., Laffite J.-D., Moares C., 2002. Irreversible impact of past land use on forest soils and biodiversity. Ecology vol. 83, pp.2978-2984.<\/li>\n\n\n\n<li>Flinn K.M., Vellend M., 2005. Recovery of forest plant communities in post-agricultural landscapes. Frontiers in Ecology and the Environment vol. 3, pp.243\u2013250.<\/li>\n\n\n\n<li>Freschet G.T., \u00d6stlund L., Kichenin E., Wardle D.A., 2014. Aboveground and belowground legacies of native Sami land use on bor\u00e9al forest in northern Sweden 100 years after abandonment. Ecology 95, pp. 963-977.<\/li>\n\n\n\n<li>Ghestem A., Botineau M, Froissard D, Hourdin P., 2003. La voie romaine d\u2019Orl\u00e9ans \u00e0 Sens&nbsp;: analyse de son impact sur la flore foresti\u00e8re et comparaison avec la flore des vestiges gallo-romains limousins. Travaux d\u2019Arch\u00e9ologie Limousine vol. 23, pp. 17-28<\/li>\n\n\n\n<li>Hermy M., Verheyen K., 2007. Legacies of the past in the present-day forest biodiversity: a review of past land-use effects on forest plant species composition and diversity. Ecological Research vol. 22, pp.361\u2013371.<\/li>\n\n\n\n<li>Hermy M., Honnay O., Firbank L., Grashof-Bokdam C., Lawesson J.E., 1999. An ecological comparison between ancient and other forest plant species of Europe, and the implications for conservation. Biological Conservation vol. 91, pp.9\u201322.<\/li>\n\n\n\n<li>Jamoneau A., Chabrerie O., Moron E., Saguez R., Decocq G. 2010. Biog\u00e9ographie historique et diversit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale des massifs forestiers en Picardie. In : Galochet M. &amp; Glon E. (coord.). Des milieux aux territoires forestiers : itin\u00e9raires biog\u00e9ographiques. Artois Presses Universit\u00e9, pp. 67-84.<\/li>\n\n\n\n<li>Peterken G. 1981. Woodland conservation and management. Chapman and Hall, London.<\/li>\n\n\n\n<li>Plue J., Hermy M., Verheyen K., Thuillier P., Saguez R., Decocq G. 2008. Persistent changes in forest vegetation and seed bank 1,600 years after human occupation. Landscape Ecology, vol. 23, pp.673-688.<\/li>\n\n\n\n<li>Sitzia, T., Semenzato, P., Trentanovi, G., 2010. Natural reforestation is changing spatial patterns of rural mountain and hill landscapes: A global overview. Forest Ecol Manag 259, 1354-1362.<\/li>\n\n\n\n<li>Vallauri D., Grel A., Granier E., Dupouey J.-L., 2012. Les for\u00eats de Cassini. Analyse quantitative et comparaison avec les for\u00eats actuelles. Rapport WWF\/INRA, Marseille, 64 p. + CD<\/li>\n\n\n\n<li>Verheyen, K., Bossuyt, B., Hermy, M. &amp; Tack, G. (1999) The land use history (1278-1990) of a mixed hardwood forest in western Belgium and its relationship with chemical soil characteristics. Journal of Biogeography, 26, pp. 1115-1128<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les for\u00eats anciennes Enjeux autour des for\u00eats anciennes On entend fr\u00e9quemment dire que la France n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi bois\u00e9e qu\u2019actuellement, ce qui est une r\u00e9alit\u00e9 si l\u2019on consid\u00e8re la for\u00eat selon sa d\u00e9finition du dictionnaire Larousse, \u00ab&nbsp;une vaste \u00e9tendue plant\u00e9e d\u2019arbres&nbsp;\u00bb&nbsp;: rien que dans les d\u00e9cennies 1980-1990, la surface foresti\u00e8re nationale a progress\u00e9 en &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"http:\/\/www.gip-ecofor.org\/cartofora\/enjeux-autour-des-forets-anciennes\/\" class=\"more-link\">Lire la suite de<span class=\"screen-reader-text\">\u00ab\u00a0Enjeux autour des for\u00eats anciennes\u00a0\u00bb<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-17","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.gip-ecofor.org\/cartofora\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/17","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.gip-ecofor.org\/cartofora\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.gip-ecofor.org\/cartofora\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.gip-ecofor.org\/cartofora\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.gip-ecofor.org\/cartofora\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/www.gip-ecofor.org\/cartofora\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/17\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":288,"href":"http:\/\/www.gip-ecofor.org\/cartofora\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/17\/revisions\/288"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.gip-ecofor.org\/cartofora\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}