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Jean-Christophe Hervé nous a quittés. Ses apports à la dynamique des ressources forestières restent.

 

 

 

 

Jean-Christophe Hervé était membre du Conseil scientifique d’Ecofor. Il a été emporté par une maladie fulgurante et maligne le dimanche 16 avril à l’âge de 55 ans.

Qui mieux qu’un autre membre du Conseil scientifique d’Ecofor, camarade de promotion de surcroît, peut en parler ?

Voici l’hommage de Jean-François Dhôte à Jean-Christophe Hervé.

 

Jean-Christophe a consacré sa carrière à la recherche forestière, d’abord comme jeune chercheur au sein du Laboratoire de Biométrie à l’Université Claude-Bernard Lyon-1 (1986-1994), puis comme enseignant-chercheur à l’ENGREF-Centre de Nancy (1994-2004), période pendant laquelle il a joué un rôle central dans la création du Laboratoire d'étude des Ressources Forêt-Bois (UMR INRA-ENGREF) et la refonte des cursus ingénieur et doctorat. Il a ensuite accompli brillamment deux missions décisives pour la connaissance de nos ressources forestières, au sein de l’Inventaire Forestier National (intégré maintenant à l’IGN) : directeur technique de l’inventaire à Nogent/Vernisson (2004-2012), puis fondateur du Laboratoire de l’Inventaire Forestier à Nancy.

Mathématicien brillant, il a apporté de nombreuses contributions innovantes à la modélisation statistique de phénomènes forestiers. Ainsi, il fut un pionnier mondial dans la diffusion du modèle mixte qui permit une exploitation beaucoup plus riche des grandes bases de données structurées en temps/espace, qui se généralisaient en écologie forestière dans les années 1980. Passionné très tôt par le caractère non-stationnaire des dynamiques forestières, il proposa en 1998 la première méthode statistiquement robuste, à l’échelle internationale, pour estimer les phénomènes de dérive à long-terme de la productivité. Jean-Daniel Bontemps, dont il dirigea les travaux en thèse sur cette thématique, a pu ainsi renouveler profondément la philosophie de modélisation phénoménologique dite « à la française », et ces innovations méthodologiques irriguent toujours la communauté scientifique, notamment en Europe. Enfin, revenant vers les procédures d’acquisition de données qui l’ont constamment inspiré dans sa recherche et dans l’encadrement qu’il a apporté à de nombreux doctorants, Jean-Christophe fut le concepteur d’une profonde transformation des méthodes de l’inventaire forestier national, depuis la mise au point d’une procédure de sondage continu fournissant des statistiques annuelles avec une remarquable flexibilité, jusqu’à la rénovation complète des méthodes de calcul de la production, l’estimation directe-cohérente du triptyque production-mortalité-récolte et les premières mesures en routine par Lidar terrestre. Là encore, le caractère très innovant des méthodes a conféré à l’inventaire français un rôle moteur dans la standardisation, en cours, des pratiques à l’échelle européenne.

Ayant eu la chance de travailler étroitement avec Jean-Christophe au cours de toutes ces années, au fil d’un compagnonnage entamé en petites classes de maths à l’X en 1983, j’ai toujours été impressionné par sa curiosité insatiable, s’appliquant aussi bien aux fronts de science qu’aux technologies et stratégies industrielles, à la pédagogie qu’à la métrologie. Avec une rigueur peu commune et des talents de débatteur hors-pair, ces qualités ont permis à Jean-Christophe de jouer un rôle très original au sein de la communauté scientifique forestière et de marquer de son empreinte plusieurs domaines de ces recherches, jusqu'à la création d’une nouvelle UMR avec l’unité INRA Biogéochimie des écosystèmes forestiers, le dernier chantier auquel il consacrait son énergie lorsque la maladie l’a fauché brutalement. Jean-Christophe a illustré, de la plus belle façon qui soit, sa passion pour une science qui soit tout à la fois à la pointe de l’exigence, dans la conception et l’interprétation, et tournée vers les besoins d’innovation et d'ingénierie : la campagne d’estimation en urgence des dégâts de la tempête Klaus en Aquitaine (2009) restera ainsi comme exemplaire de ce dialogue recherche-action, tout en démontrant les capacités de Jean-Christophe à entraîner avec lui des équipes dans de nouveaux défis.

Aujourd’hui, j'ai perdu mon ami Jean-Christophe. Avec sa famille et mes collègues chercheurs, je me sens « très loin au fond du panier des tristesses », comme disait le poète Julos Beaucarne. Et tout aussi fortement, je lui suis reconnaissant pour cette passion qu’il a su nous communiquer, et qui nous oblige. Bravo l’artiste et merci pour tout ce que tu nous as apporté !