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Dynamique d'invasion, interaction avec la faune indigène et système de reproduction. Le cas des mollusques d'eau douce aux Antilles françaises

Coordinateur(s)
Patrice David, CNRS
Partenaire(s)

Université de Perpignan (Centre d'Ecologie et de Biologie Tropicale et Méditerranéenne)

MNHN

Les eaux douces de Martinique et de Guadeloupe ont été le théâtre d'invasions successives par des mollusques de la famille des Thiaridae (Thiara granifera, Melanoides tuberculata et récemment Melanoides sp.).

Le projet visait à évaluer l'avancée de ces invasions, pour tenter de répondre aux questions suivantes : quel est le mode et l'état actuel de la progression spatiale des invasions ? Quel rôle joue le système de reproduction (parthénogenèse) dans l'aptitude des Thiaridae à envahir ? Quelles sont les relations entre envahisseurs et espèces résidentes, et comment les invasions affectent-elles la biodiversité malacologique insulaire ?

La situation des Thiaridés en Martinique et en Guadeloupe est exemplaire ; un jeu de données parmi les plus riches sur les invasions biologiques est maintenant disponible. Il se prête à une étude interdisciplinaire (phylogéographie, écologie, démographie, génétique quantitative, et sociologie dans le cadre d’un travail futur), ce qui constitue une rare opportunité.

Ces recherches font ressortir l’un des avantages de ce système : l’existence d’un grand nombre de souches qui, par leurs invasions répétées, permettent une approche comparative pour identifier les qualités qui distinguent les « bons » des « mauvais » envahisseurs.

La fragmentation du milieu est un élément essentiel pour comprendre la stochasticité des invasions, et notamment les délais variables entre l’introduction d’une espèce et l’invasion proprement dite. Par ailleurs, la multiplicité des invasions successives est un élément-clé : grâce à l’arrivée permanente de nouvelles souches, les envahisseurs disposent sur place d’une variabilité génétique suffisante pour améliorer constamment leurs performances dans le milieu envahi, à travers le remplacement de souches « faibles » par des souches « fortes » arrivées ultérieurement. Le système de reproduction clonal, réputé limiter la variation génétique, ne semble pas être un obstacle à ce processus. Enfin, les espèces locales ne souffrent pas toujours de ces invasions. L’invasion se déroule dans une niche sinon vide, du moins peu occupée au départ. Elle tend à repousser des espèces locales dans des niches écologiques plus étroites mais ne menace pas directement la biodiversité insulaire. Cette situation est probablement liée au fait que la malacofaune indigène des Antilles françaises n’est pas écologiquement saturée : peu d’espèces et pas d’endémiques.