Skip to Content

Typologie des pêches à la nivrée dans le Haut-Maroni et évaluation de leurs effets sur la faune aquatique en vue de la gestion de la ressource

Coordinateur(s)
Michel Jégu, IRD
Partenaire(s)

ENSAT (Ecole Nationale Supérieure Agricole de Toulouse)

MNHN

CNRS

Mission Parc de Guyane

MHNG (Museum d'Histoire Naturelle de Génève)

INRA

L’opération Nivrée 2000 avait pour but de réunir les observations de terrain permettant l’évaluation de la mortalité totale des organismes aquatiques au cours des opérations des pêches traditionnelles à la nivrée dans le haut Maroni, en Guyane française. Pour chaque nivrée, il s’agissait d’abord d’établir une typologie de la nivrée aussi bien au niveau des acteurs (nombre de pirogues, composition et origine de la communauté de pêcheurs, temps de travail des pêcheurs, devenir des poissons, etc…) que du biotope (caractéristiques chimiques du milieu, courant, profondeur, couverture végétale, taille de la zone enivrée, poids et composition des lianes utilisées). Il s’agissait ensuite de récolter les informations relatives aux effets de la nivrée sur la faune (volume et composition du poisson récolté, évaluation du volume et composition du poisson mort non récolté, dérivant ou déposé sur le fond, impact sur les invertébrés, modification du milieu, etc…).

La synthèse des typologies montre l’importance de différents critères de classification.
En premier lieu, le choix du biotope détermine la composition spécifique de la pêche. La distance du lieu de pêche au village détermine la taille des spécimens et le choix des espèces récoltées. En même temps, la distance au lieu de pêche influe sur l’investissement économique et social auquel les participants doivent faire face. Le nombre de participants détermine à la fois le contexte social dans lequel a lieu la pêche, le rendement et la sélectivité de la pêche. Finalement, le volume de liane utilisé influe sur l’investissement social et détermine le volume des captures.
Les facteurs de rentabilité et d’impact sont plus complexes et diffèrent si l’on s’adresse à la communauté de pêcheurs ou si l’on considère le biotope. L’investissement social et le bénéfice social retirés de la pratique de la pêche sont plus importants dans le cas de la grande nivrée villageoise et plus faibles dans les autres types de nivrées. Pourtant, l’effort de pêche est plus important dans le cas de la nivrée de boue et plus faible dans celui de la grande nivrée.
La sélectivité des espèces par les pêcheurs, elle est plus importante dans la grande nivrée et nulle au cours des nivrées de boue. L’efficacité, c’est-à-dire la production des pêcheurs par rapport à l’ensemble des poissons tués, est de 100% dans les nivrées de boue, elle reste importante dans les nivrées de proximité, mais est très faible dans la grande nivrée.
La rentabilité des pêches à la nivrée, c’est-à-dire l’ensemble des poissons capturés par les pêcheurs par rapport à l’effort de pêche fourni, est forte dans les nivrées de proximité, moyenne dans la grande nivrée et nulle dans les nivrées de boue. Cependant l’impact des pêches de proximité sur le biotope est continu dans le temps et l’espace au cours de la saison, tandis qu’il est discontinu pour les grandes nivrées. L’impact des nivrées de boue reste limité à la mare enivrée.

Quelques recommandations peuvent être proposées :

  • Lors des grandes nivrées villageoises et commerciales, il convient d’inciter les acteurs, amérindiens et pouvoirs publics, à augmenter l’efficacité du ramassage et de la conservation afin d’améliorer la rentabilité des pêches. Il est proposé de diminuer la fréquence des nivrées de proximité au profit de nivrées plus importantes. Une concertation serait souhaitable pour envisager une diminution des nivrées à but commercial.
  • L’acquisition de nouvelles données sur ces pratiques est nécessaire pour un suivi sur le long terme. Les contraintes logistiques et humaines rencontrées plaident pour une reconduction de ce type d’opération tous les cinq à six ans. Cette fréquence, en phase avec celle des enivrements des zones éloignées au cours des nivrées traditionnelles, ne prend pas en compte les nivrées dites commerciales à propos desquelles un suivi s’avère d’ores et déjà nécessaire malgré les difficultés dues à une pratique peu divulguée.