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Etude de l'invasion de la Nouvelle-Calédonie par la fourmi pionnière Wasmannia auropunctata : modalités, impact sur la diversité et le fonctionnement des écosystèmes, maîtrise de la nuisance

Coordinateur(s)
Jean Chazeau, IRD
Partenaire(s)

Université Paul Sabatier (Toulouse) - Laboratoire d'Ethologie et Psychologie Animale

Centre de Biologie et de Gestion des Populations

Australian Museum (Australie) - (Herpetology Dept)

Villanova University (Etats-Unis) - Dept of Zoology

American Museum - Entomology, Arachnology

La fourmi Wasmannia auropunctata (Roger) (Hyménoptères, Formicidae, Myrmicinae) a été accidentellement introduite en Nouvelle-Calédonie entre 1955 et 1972. Originaire de l'Amérique tropicale, cette espèce pionnière a envahi depuis le début du siècle plusieurs territoires en zone tropicale. Généralement discrète dans son aire d'origine, l'espèce n'a suscité que peu d'intérêt jusqu'à l'invasion de l'archipel des Galápagos et celle de la Nouvelle-Calédonie ne mobilise l'attention de la société, en raison d'un fort impact environnemental.

Le programme INWASCAL (Invasion de Wasmannia en Nouvelle-Calédonie) a été proposé pour tenter de préciser les modalités de cet impact dans différents milieux naturels ou anthropiques et d'inventorier les voies d'un contrôle de l'envahisseur. Il a été conduit entre 1999 et 2002 par une équipe de l'US001 de l'IRD « Biodiversité terrestre et Environnement dans le Pacifique tropical ».

Au terme de ces 3 années de recherche, de nouvelles connaissances ont été acquises sur les modalités de l'expression de Wasmannia auropunctata dans les milieux cultivés et naturels en Nouvelle-Calédonie, sur son impact sur la faune native, sur les mécanismes qui autorisent son succès colonisateur et sur les moyens de contrôler son extension.

Il ne faut pas se dissimuler que W. auropunctata n'a pas fini de gagner du terrain, vers les fonds des vallées habitées comme dans les massifs forestiers qui sont situés, pour leur plus grande partie, dans le domaine écologique potentiellement colonisable par l'envahisseur.

Tous les facteurs qui commandent son expression ne sont pas connus, mais on retient que cette espèce mésophile réussit mieux dans les zones les plus humides (donc les plus fermées) des milieux secs et dans les zones les mieux ressuyées ou les plus ouvertes des milieux humides. Son unicolonialité, qui était supposée pour tous les territoires envahis (en particulier les Galápagos) et que nos travaux ont démontré à l'échelle de la Nouvelle-Calédonie, est un facteur essentiel de son succès : elle permet toutes les infestations ou ré infestations, sans qu'une concurrence intra spécifique ne vienne ralentir cette dynamique. Elle permet, par le système de fusion/division des agrégats, une excellente utilisation de l'espace, encore renforcée par les capacités d'adaptation de cette espèce de litière, qui lui permettent d'utiliser opportunément les abris en hauteur (hors d'eau) dans les zones inondables ou saturables. Les densités de populations atteintes sont donc impressionnantes et l'impact sur certains compartiments de la faune est spectaculaire : la myrmécofaune native est la première éliminée, mais le phénomène est perceptible jusqu'au niveau des vertébrés, comme les reptiles.

Cette unicolonialité vient renforcer les remarquables capacités compétitives de l'espèce. L'étude de ses rapports avec la myrmécofaune connue des 2 milieux naturels qui présentent le plus d'intérêt pour la conservation (la forêt sclérophylle et la forêt dense humide sur sols issus de roches ultramafiques) montre que la plupart des fourmis présentes sont éliminées dans les rencontres « un contre un » et que celles qui semblent capables de lui tenir tête ne sont généralement pas, en conditions de terrain, des compétiteurs efficaces en groupe sur les ressources alimentaires. Certaines espèces introduites s'en sortent mieux que les espèces endémiques. Mais le recours à Pheidole megacephala comme agent local de « lutte biologique » serait une grave erreur stratégique et on doit le déconseiller formellement.

La nuisance de la « fourmi électrique » en Nouvelle-Calédonie est logiquement beaucoup plus fortement ressentie par les populations rurales que par les populations urbaines ou périurbaines, même défavorisées. Ces populations n'ont pas recours aux insecticides et réagissent le plus souvent par des pratiques (le feu) dont la nuisibilité envers l'environnement est certainement plus grande que celle de Wasmannia. La recherche de moyens de lutte - au moins palliatifs - en milieu cultivé mélanésien (origine des feux) est donc une nécessité sociale. Mais l'état actuel des connaissances ne permet pas de tabler sur des actions de lutte biologique, qui impliqueraient le parasitisme d'Orasema ou l'introduction à très haut risque d'espèces de fourmis supposées compétitives dans sa zone d'origine, espèces qui seront étudiées dans le cadre du second appel d'offres Ecofor (équipe d'Alain Dejean). La génétique de W. auropunctata est une autre voie explorée dans le même cadre : l'unicolonialité est-elle une caractéristique de l'espèce ou un évènement qui a précédé de peu, ou suivi (bottleneck) l'introduction ? Peut-on imaginer recréer une diversité qui rétablirait la compétition intraspécifique ?

Il est clair cependant que ces travaux, d'un intérêt théorique incontestable, n'apporteront pas une solution à court terme. Les voies d'un contrôle limité semblent donc passer, comme aux Hawaii ou aux Galápagos, par l'usage d'appâts toxiques raisonnablement sélectifs. Des problèmes de coût entrent alors en jeu, que seuls les pouvoirs publics pourront régler s'ils en ont la volonté, après que les appâts à base de régulateurs de croissance récemment disponibles sur le marché régional aient été testés contre l'envahisseur. Il est vrai que la vigilance des hommes pour prévenir sa diffusion dans les zones encore indemnes éviterait beaucoup de peines, de destructions et de dépenses. Mais il faudrait la réveiller par des campagnes d'information beaucoup plus intensives et incisives que les timides moments de communication jusqu'ici consacrés au problème.