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Interactions trophiques multi-spécifiques dans les écosystèmes insulaires tropicaux : application pour la réhabilitation des îles tropicales françaises de l'ouest de l'océan indien

Coordinateur(s)
Matthieu le Corre, Université de la Réunion
Partenaire(s)

Université Paul Cézanne (Aix-en-Provence)

Conservatoire botanique national de Mascarin, La Réunion

Museum d'histoire naturelle, la Réunion

Les invasions biologiques sont été identifiées comme la seconde cause de perte globale de biodiversité, après la destruction des habitats. Les îles sont particulièrement concernées par cette menace globale car les espèces insulaires ont évolué à l'écart de la plupart des compétiteurs, prédateurs ou agents pathogènes qui abondent dans les écosystèmes continentaux. Depuis une trentaine d'années, des avancées considérables ont été réalisées dans le domaine de la réhabilitation des écosystèmes insulaires par éradication des mammifères introduits. Cepandant, la plupart des îles du globe sont encore menacées par ces invasions biologiques car les moyens et les méthodes de lutte sont actuellement limités aux petites îles.

De plus, les effets "en cascade" de l'éradication d'un mammifère introduit sur les autres espèces, proies ou prédatrices, introduites ou indigènes, et sur la dynamique des peuplements sont encore peu connus. Des modèles théoriques récents ont mis en évidence les effets en cascade néfastes qui pourraient résulter de l'éradication de certaines espèces jugées indésirables. Cependant, ces modèles sont nécessairement des simplifications des situations réelles et peu d'études ont tenté de valider leurs prédictions dans la nature. De ce fait, le caractère opérationnel de ces travaux est encore limité et les gestionnaires font toujouts face à de grandes incertitudes lorsqu'il s'agit de formuler un plan de restauration des îles.

Les objectifs de notre proposition sont :

  1. d'étudier les interactions trophiques multispécifiques qui existent dans les milieux insulaires tropicaux entre les espèces animales introduites et les espèces indigènes ;
  2. d'initier un suivi à long terme des effets d'opérations d'éradication ou de controle d'espèces introduites, sur les espèces indigènes et sur les habitats, afin de confronter la dynamique des peuplements observée aux prédictions formulées à partir des modèles théoriques, et pour évaluer les capacités de résilience des écosystèmes insulaires tropicaux après une perturbation.

 

L'étude portera sur un ensemble d'îles tropicales de l'ouest de l'océan indien qui présentent des situations contrastées en termes d'espèces introduites, d'espèces proies indigènes, de taille des îles, d'influence anthropique et d'habitats. Ces îles sont les Iles Eparses (Europa, Juan de Nova, Glorieuses, Tromelin) et la Réunion. Ces îles abritent en particulier des colonies très importantes d'oiseaux marins (dont deux espèces endémiques menacées) mais ont toutes leur propre cortège d'animaux introduits ou anthropophiles, qui interagissent négativement avec les oiseaux marins et avec le milieu. Dans ces îles, la diversité des situations, allant des modèles simples à 4 espèces de vertébrés jusqu'aux modèles beaucoup plus complexes à 12 ou 15 espèces, peut etre considérée comme une véritable opportunité d'expérimentation naturelle dans laquelle nous pourrons tester in situ les effets en cascade prédits par l'approche modélisatrice. Ces travaux menés en parallèle à plusieurs opérations d'éradication ou de contrôle de mammifères introduits auront un intérêt opérationnel immédiat pour les gestionnaires de ces îles et d'autre part une portée globale généralisable aux nombreuses îles tropicales de même taille confrontées aux mêmes situations.


Notre proposition résolument pluri-disciplinaire est portée par une équipe comprenant des ornithologues, des spécialistes des mammifères introduits (prédateurs ou hervivores), des entomologistes et un botaniste. Nous bénéficions pour cela de l'accord et de l'appui de l'administration en charge des iles Eparses qui mènera les actions d'éradication dont nous proposons d'étudier les effets.