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Interactions entre espèces à Mayotte, variations de la biodiversité et des valeurs patrimoniales perçues

Coordinateur(s)
Jean-Noël Labat, MNHN et Bruno Simmen, CNRS
Partenaire(s)

EPHE (Ecole Pratique des Hautes Etudes)

INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales)

SEF-DAF Mayotte

Dispensaire de Brandélé

Association Pronatura

Peuplé depuis au moins 1500 ans, le milieu naturel de Mayotte a été profondément transformé par l’introduction d’espèces animales et végétales et par les pratiques agricoles d’une population au taux de croissance extrêmement élevé. Face à ce constat et à la méconnaissance de la flore et de la faune locale, ce projet combine les approches taxonomiques, écologiques et anthropologiques. Il s’articule autour de trois thématiques : les inventaires, les équilibres de populations biologiques et les perceptions et pratiques des populations locales. Une étude comparative a été menée sur les représentations et les pratiques de différents types d’agriculteurs vis-à-vis d’espèces considérées comme envahissantes par les gestionnaires, avocat marron notamment.Les inventaires ont porté sur les plantes vasculaires, bien connues localement et les gastéropodes terrestres, plus discrets et ignorés de tous ou presque. Les connaissances des plantes utilisées dans les pratiques traditionnelles, religieuses, médicales et artisanales ont permis de faire le lien entre l’approche scientifique et les systèmes locaux de perception et de classification. La dynamique des peuplements actuels s’est focalisée sur un primate emblématique, le lémur brun, qui cristallise la problématique liée à la gestion des espaces naturels, à la conservation des espèces, au développement de l’île (incluant l’éco-tourisme) et à la valeur patrimoniale, qu’elle soit considérée par les biologistes ou par les habitants de l’île. Cet aspect a également été abordé à travers une espèce végétale introduite devenue envahissante, l’avocat marron (Litsea glutinosa), qui pose le problème de la notion de peste végétale en fonction de la perception et de l’usage qu’en ont les différents acteurs (agriculteurs, gestionnaires, biologistes, tradipatriciens…). L’évolution des représentations a été appréhendée au travers des savoirs locaux et à leur mode de transmission aux nouvelles générations.

La mosaïque de sites propice à une exceptionnelle richesse végétale et son association avec un fort taux d’endémisme dans la malacofaune terrestre a des conséquences pour la gestion de la biodiversité. A Mayotte, la politique de conservation basée sur une multiplicité de réserves naturelles constitue une stratégie de conservation qui a fait ses preuves d’efficacité. L'effort d'inventaire réalisé ces dernières années mérite d’être poursuivi et étendu.

Pour des espèces ubiquistes comme le lémurien, la présence des réserves offre une opportunité de conserver des populations en équilibre avec l’environnement naturel. Le retour à des fortes densités de population après une période de déclin ne doit pas masquer le fait que les trois quarts des animaux sont observés dans les zones anthropisées, sujettes à une pression croissante liée en particulier à l’urbanisation. La vigilance s’impose donc pour une espèce qui constitue l’un des éléments clés pour le développement de l’éco-tourisme comme pour la dynamique de régénération forestière.
Le cas du Litsea (avocat marron), espèce introduite envahissante, illustre les conflits pouvant survenir en fonction de divergence de perception des différents utilisateurs du milieu naturel. Dans la mesure où cette espèce forme des peuplements monospécifiques, elle entraîne une perte de la diversité biologique et peut être considérée comme une pollution végétale par les gestionnaires du milieu naturel. En fait, cette espèce n’est pas considérée actuellement à Mayotte comme une peste végétale par la population mahoraise. Les cas semblables sont nombreux et soulignent la nécessité de ne pas négliger les représentations et usages qui sont faits de la faune et de la flore par les populations locales.