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Les Carpophages des TOM de Pacifique. Connaissance, conservation et gestion du patrimoine menacé

Coordinateur(s)
Marie-Noëlle de Visscher, CIRAD

Deux Colombidés endémiques : le Carpophage des Marquises ou Upe (Ducula galeata) en Polynésie et le Carpophage géant ou Notou (Ducula goliath) en Nouvelle Calédonie font l’objet d’une chasse légale. Leurs populations ont un statut de conservation critique ou préoccupant. Le Upe a été décimé au point de n’être plus représenté que par une petite population sauvage occupant uniquement l’île de Nuku Hiva (A. des Marquises) tandis que le Notou, plus abondant, se rencontre encore dans une grande partie des forêts humides mais uniquement sur Grande Terre, en Nouvelle Calédonie.

Si le prélèvement apparaissait bien comme le facteur le plus immédiat de pression sur ces populations, les données sur la biologie, l’écologie et sur la perception de ces oiseaux par les habitants étaient trop limitées pour concevoir des mesures de gestion et de conservation pertinentes et efficaces.

Objectifs des recherches

Au travers du modèle Carpophages, le projet visait à comprendre les mécanismes de régression d’une espèce insulaire gibier à forte valeur biologique et patrimoniale. L’objectif principal est de produire des outils de gestion permettant de restaurer ou de maintenir des populations viables.

Dans ce but, les recherches ont porté sur les aspects suivants :

  • Mise au point d’outils et de méthodes d’analyse et de gestion de la biodiversité dans le cas de populations insulaires au travers du modèle Carpophages.
  • Mise en place d’un système de surveillance des populations de Carpophages des Marquises à Nuku Hiva et de Carpophages géants en Nouvelle Calédonie.
  • Comprendre la dynamique des populations et la stratégie d’occupation des milieux des espèces par une étude de la bio-écologie (reproduction, alimentation, déplacements).
  • Evaluer les pressions de chasse dans l’espace et dans le temps et leur impact sur les populations d’oiseaux.
  • Caractériser la perception des Carpophages par les différentes communautés locales (gibier, objet culturel, interdits culturels et tabous), les règles d’utilisation, les conflits entre usagers et le respect de la législation.
  • Concevoir des mesu res de gestion adaptées à la conservation des espèces dans le contexte culturel et économique local : faisabilité, mise en place, méthode d’évaluation et de suivi.

 

Acquis en terme de transfert

Méthodes de recensement

Pour le Upe, il est proposé de suivre l’état de régénération des forêts humides de fond de vallée, habitat indispensable menacé par l’abondance du bétail ensauvagé. La distribution agrégative sur des zones de nourrissage, de reproduction ou des dortoirs, et une meilleure connaissance des secteurs les plus fréquentés, permettent d’envisager un recensement exhaustif et simultané des Upe dans tous les sites favorables

La méthode de recensement du Notou est maintenant bien standardisée ; elle est directement utilisable, notamment pour le suivi des impacts de la chasse ou des modifications de l’habitat forestier. La méthode d'évaluation de l'abondance par points d’écoute consiste à compter tous les oiseaux entendus dans un laps de temps précis à partir de points fixes répartis sur la zone d’étude. Différents protocoles ont été appliqués, portant sur l’efficacité des dénombrements avec ou sans stimulation sonore (appeau), les conditions météorologiques, le nombre de répétitions de ces comptages et leur distribution au cours d’une journée ou d’une saison.

Le recensement par points d’écoute (périodes de 15 minutes) sans utilisation de stimulus vocaux s’est avéré fiable dans la mesure où des conditions minimales de réalisation sont respectées (distance entre points, heure de la journée, durée des points d’écoute...). Les variations d’effectifs sont relevées à partir d’un réseau de points pour un même massif selon un pas de temps défini et dans des conditions identiques.

La répétition des relevés sur un même massif montre que sur une année et pour ce type de forêt, les populations de Notou paraissent stables. Le degré de sensibilité de la méthode par rapport à des variations réelles d’abondance est difficile à estimer, sachant que des comptages en continu sur une journée permettent d’évaluer 40 à 60% de l’effectif présent.

Cette même méthode testée dans d’autres massifs forestiers de Grande Terre confirme son intérêt pour le suivi des Notou mais aussi pour recenser simultanément certaines espèces forestières à détectabilité élevée, comme la perruche à front rouge, Ptilope vlouvlou, le pigeon à collier blanc, l’échenilleur de montagne, l’autour à ventre blanc et le cagou, pour les relevés effectués au lever du jour.

Gestion des prélèvements

Il est important de convaincre l’ensemble des Marquisiens, en particulier les chasseurs, de l’extrême fragilité de la population de Upe. Le message proposé dans le cadre du programme de sensibilisation rappelle qu’une population d’oiseaux à longue durée de vie et à faible taux de reproduction varie de façon lente. L’impact des mesures de protection sur les effectifs ou au contraire la poursuite du braconnage, n’est donc pas perceptible immédiatement. Un poster destiné à un large public a été conçu dans ce sens puis proposé aux promoteurs de la conservation de l’environnement mais aussi de la culture marquisienne qui valorise l’image du Upe.

L’absence de reproduction du Notou au cours de la période légale de chasse a été montrée en Nouvelle Calédonie Un aménagement des dates d’ouverture de la chasse correspondant mieux aux calendriers de célébrations traditionnelles (fête de l’igname) a été proposé, sans engendrer de risques supplémentaires pour les populations de Notou en préservant la période de reproduction.

Gestion et conservation des habitats

Les menaces qui pèsent sur la survie du Upe à Nuku Hiva rendent nécessaires les propositions de mise en réserve, dans le cadre du plan d’aménagement général de Nuku Hiva et des Marquises, notamment des sites les plus fréquentés par l’oiseau. Des solutions sont également proposées pour évaluer et limiter l’impact des chèvres sauvages sur la régénération forestière naturelle dans les vallées : mise en défens, réduction du cheptel dans certains secteurs. Ces mesures permettraient de protéger à la fois le Upe et le Santal des Marquises, espèce végétale menacée à Nuku Hiva.

La question de la préservation des habitats forestiers du Notou en Nouvelle Calédonie ne se pose pas avec la même acuité que pour le Upe aux Marquises.


Discussion

Le Notou et le Upe possèdent des traits biologiques et écologiques similaires mais le statut de leur population diffère largement. Le meilleur état du Notou s’explique à la fois par une plus forte disponibilité de forêts protégées et par la persistance d’une culture traditionnelle qui valorise ce patrimoine. Le Upe, qui occupait des îles de taille plus réduites et autrefois très peuplées, a été d’autant plus facilement décimé que la longue période d’acculturation observée en Polynésie s’est accompagnée d’une perte d’intérêt ou de respect pour les objets patrimoniaux. Dans les deux cas, l’espèce est connue pour bien s’accommoder de la présence humaine. Compte tenu de cette capacité d’adaptation et de la longévité des individus adultes, dont la fertilité est faible, le contrôle sur les prélèvements représente le facteur clés de survie des populations.