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Ponte de tortues marines et prélèvement des oeufs en Guyane française : du maintien de la biodiversité aux enjeux du territoire

Coordinateur(s)
Marc Girondot, Université de Paris-Sud
Partenaire(s)

CNRS

DIREN de Guyane

Réserve Naturelle de l'Amana

Mairie d'Awala-Yalimapo

Association Yawoya-Dele

La Réserve naturelle de l’Amana (RNA) connaît des difficultés persistantes dans les rapports qu’elle entretient avec les populations kali’na établies dans la région, en particulier au sujet de l’interdiction du prélèvement des oeufs de tortues marines. En arrière-plan de cette interdiction, les thèmes de la menace pesant sur les tortues et celui de l’urgence, qui justifient les mesures de conservation radicales mises en oeuvre. L’étude rappelle d’abord qu’il existe sur ces questions des espaces d’incertitude, parfois importants, au sein de la communauté scientifique, qui justifieraient que les acteurs de la conservation acceptent en la matière une certaine souplesse, accompagnant l’évolution des connaissances et faisant droit aux représentations de la « nature » dont la culture kali’na est porteuse.

Examinant les pratiques de « braconnage » des oeufs, objet d’une répression qui s’est durcie depuis quelques années, l’étude montre qu’elles doivent être comprises dans une histoire qui fait de la consommation des oeufs - mais aussi de leur vente au Surinam - une véritable « tradition » culturelle et une pratique économique ordinaire pour les Kali’na. Dans ce contexte, si les prélèvements massifs doivent aujourd’hui faire l’objet d’une interdiction parce qu’ils pèsent trop fortement sur la dynamique
des populations de tortues, il serait intéressant de reconnaître aux populations des villages un « droit à prélever » pour leur consommation domestique. On apporterait ainsi une réponse à un débat qui nourrit incompréhension et amertume parmi les villageois kali’na. L’établissement de modèles prédictifs des populations et des conditions de la réussite d’incubation ont fait apparaître qu’un prélèvement modéré (<5% du total) d’oeufs de tortues vertes et de tortues luths n’aurait qu’un impact faible voir nul sur la dynamique des populations de ces tortues marines.
Mais au-delà du conflit autour du prélèvement des oeufs, la RNA est perçue par la plupart des villageois comme une institution totalement étrangère à leur univers. Leur attitude de défiance envers la RNA ne doit donc pas être comprise seulement comme une réaction à l’institution et aux règlements qu’elle entend imposer ; elle participe plus largement des stratégies mises en oeuvres par les différents acteurs autour des enjeux du territoire de la basse Mana et pour imposer un mode d’usage des ressources de la biodiversité. La RNA ne peut donc pas esquiver aujourd’hui une réflexion sur sa place dans le tissu social et politique dans lequel elle a pris place, en respectant une lecture indigène des rapports entre les humains et la « nature », ainsi que les spécificités de l’espace social communautaire qui organise au quotidien la vie des populations kali’na.
On contribuerait ainsi à la fois à rendre au territoire de la RNA un peu de son sens aux yeux de la population des villages, et à donner à l’entreprise de conservation biologique plus de légitimité et d’efficacité.