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Evaluation et analyse d'une biodiversité utile : le cas des Ficus

Coordinateur(s)
Martine Hossaert-Mac Key, CEFE-CNRS
Partenaire(s)

CIRAD

INRA

Université de Lausane

L’un des changements globaux majeurs affectant la forêt tropicale est la fragmentation croissante de ce milieu. Cette fragmentation va conduire à une réduction de la biodiversité. Cette réduction sera d’autant plus drastique que des fonctions importantes de l’écosystème pourraient ne plus être assurées du fait de l’absence des groupes fonctionnels les assurant.

Les Ficus, produisant des fruits tout au long de l’année, constituent une ressource importante pour beaucoup de vertébrés frugivores (oiseaux, chauves-souris, petits mammifères, singes…), notamment pendant les périodes de faible production en fruits. Ainsi 10% des espèces mondiales d’oiseaux ont été observées s’alimentant sur des Ficus et la liste n’est pas exhaustive. L’abondance des Ficus va, pro parte, déterminer l’abondance d’espèces frugivores, qui vont en retour déterminer l’efficacité de la dissémination des graines de nombreuses autres espèces de plantes. Les Ficus constituent de ce fait un groupe clé pour le maintien de la biodiversité.

L’objectif de notre programme était d’analyser la stabilité locale face à la fragmentation des populations de deux espèces de Ficus taxonomiquement et biologiquement contrastées et d’établir la biodiversité des Ficus et de leurs insectes associés en Guyane afin d’établir un cadre pour analyser 1) la sensibilité des différentes espèces de ce genre clé aux modifications du milieu, et à terme 2) leur rôle d’indicateur de la biodiversité.
Chez Ficus nymphaeifolia, on constate un apparentement entre plantules poussant au sein d’une tache de germination. Mais dès qu’on s’éloigne à 500 mètres, dès qu’on passe d’une île à une autre au niveau du barrage de Petit Saut, l’apparentement disparaît. Nous constatons donc une diversité d’arbres mères de provenance des graines. L’absence d’isolement par la distance sur 140 km montre que sur cette distance nous sommes en présence d’une seule et même population, échangeant librement des gènes.
En revanche chez Ficus insipida on observe un très net isolement par la distance. Les individus d’une même tache sont très similaires mais la similitude génétique diminue ensuite régulièrement avec la distance. Un tel patron n’est possible que dans la mesure où les insectes et les graines sont dispersés sur de faibles distances.
Les résultats génétiques recoupent les données sur les aires de distribution. Les flux de gènes sont suffisamment restreints chez Ficus insipida pour avoir permis la formation de sous espèces (ou en fait bonnes espèces vicariantes) différentes dans différentes zones d’Amérique tropicale. La distribution actuelle de la sous espèce scabra observée en Guyane associée à sa spécialisation pour des sites très humides, pourrait s’expliquer par une recolonisation après le dernier épisode glaciaire à partir de refuges humides de Guyane. Ceci souligne l’importance de ces refuges et l’importance de la Guyane en termes de biodiversité. Par opposition, Ficus nymphaeifolia, avec son aire de répartition immense sans différenciation en sous espèces, semble être, comme pourraient l’être beaucoup d’espèces de Ficus hémi-épiphytes, une espèce à populations en nappes diffuses, dispersant des gènes sur des distances énormes. L’absence d’apparentement entre les plantules des différentes îles malgré leur proximité montre que la différence entre les deux espèces porte aussi bien sur les flux de graines que sur les flux d’insectes.

En complément de l’approche espèce centrée, nous avons cherché à analyser la flore des Ficus de Guyane. Celle-ci comporte environ 30 espèces. Nous en avons observé 20 in situ. Pour fournir une aide aux biologistes nous avons mis en ligne des photographies et coordonnées GPS de ces 20 espèces (http://www.cefe.cnrs.fr/coev/albums/ficus_guyane.htm , les photographies seront à terme disponibles sur le site http://www.figweb.org/ ).

Nous sommes parvenus à récolter les faunes d’insectes associés aux figues de 9 espèces de Ficus de Guyane. Parmi les pollinisateurs, seule une espèce était déjà connue (un pollinisateur de Ficus pertusa). De façon étonnante même le pollinisateur d’une espèce aussi bien connue que Ficus nymphaeifolia ne correspond pas aux pollinisateurs décrits de cette espèce. Ceci traduit pour parti la connaissance très limitée des insectes des figuiers des Amériques. Mais cela traduit aussi une différenciation des espèces à travers ces continents.

Une demande pratique est en train d’apparaître par rapport à des compétences sur les Ficus. Nous avons pu constater récemment l’utilisation de Ficus dans le but de permettre l’établissement de populations d’animaux frugivores dans des programmes de reforestation mis en œuvre par l’Université de Chiang Mai en Thaïlande. En parallèle et pour conclure, il semble que nous documentons une forte originalité de la Guyane en termes de biodiversité et un rôle important de la zone sur le long terme.