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Phylogéographie et perturbations anthropiques : une confrontation des valeurs et des enjeux à travers le cas des oiseaux

Coordinateur(s)
Vincent Bretagnolle, CNRS-CEBC
Partenaire(s)

MNHN

The Natural History Museum

Face à l'ampleur des problèmes de conservation de la biodiversité dans les îles Mascareignes, nous souhaitions apporter dans ce projet, à l'aide d'une perspective historique, des références objectives à même d'aider à évaluer les mesures de protection pour un certain nombre de taxons endémiques des îles Mascareignes. Nous nous proposons d'abord d'établir les relations de parentés entre une sélection de différents taxons, actuels, éteints récemment ou subfossiles plus anciens, appartenant à quelques unités taxinomiques d'oiseaux et de reptiles, relations que nous avons établies sur la base de séquences d'ADN. Nous comparons l'effort consenti en matière de conservation (à la fois par les collectivités et par les ONG en place) à l'importance patrimoniale des taxons, mesurée en terme d'endémicité tel qu'elle peut être quantifiée par l'approche phylogénétique. Cette comparaison, ainsi que l'analyse paléontologique des causes d'extinctions, nous permettent de proposer des recommandations en matière de conservation de la biodiversité dans les Mascareignes, en nous intéressant tout particulièrement au problème des réintroductions telles qu'elles sont aujourd'hui envisagées.

Chez les Reptiles, les geckos diurnes présentent un intérêt tout particulier avec le genre Phelsuma, endémique des îles de l'Océan Indien. Ce genre a donné aux Mascareignes des formes proches des espèces malgaches, appartenant toutes à un même phylum (P. cepediana, P. ornata, P. borbonica, P. guimbeaui, P. inexpectata), et des formes géantes ( P. edwardnewtoni, P. gigas, P. guntheri) dont seule la seconde survit sur l'île Ronde. La description et la présentation dans ce document de plusieurs nouvelles espèces de Phelsuma à Maurice et à la Réunion devraient engendrer des stratégies de conservation spécifiques. Ainsi, le Phelsuma de Manapany (Sud de la Réunion) qui n'est pas une sous-espèce introduite, devrait faire l'objet d'un programme d'urgence car il décline actuellement (obs. pers.). Chez les Cheloniens, les études génétiques ont permis de révéler que la radiation de tortues géantes, du genre Cylindrapsis habitant autrefois les îles Mascareignes (d'abord Maurice, puis Rodrigues et enfin la Réunion) comportait 5 espèces, éteintes depuis environ 200 ans.

Chez les oiseaux, les résultats très partiels permettent déjà de distinguer dans la famille des Pétrels, le genre Pseudobulweria qui devrait figurer comme la priorité principale à la Réunion. A Maurice, au vu de nos résultats, l'effort actuellement consenti sur le Pigeon rose semble disproportionné. Enfin, le statut révisé de la Tourterelle peinte, actuellement classée comme gibier, devrait être reconsidéré rapidement : cette espèce n'est pas introduite à la Réunion.

Ces premiers résultats très encourageants nous incitent bien évidemment à poursuivre et terminer ce vaste programme, dont seules les conclusions établies sur l'ensemble des taxons nous permettront d'apporter des suggestions fermes sur les stratégies de conservation.

Nos premiers résultats devraient avoir des implications immédiates et concrètes sur les stratégies de conservation. Nous avons noté, sur un plan très général, une déconnexion assez forte entre les enjeux identifiés par les ONG et les collectivités, et les programmes en cours. Par ailleurs, nos résultats obtenus en génétique indique en plus une déconnexion entre les enjeux affichés par ces organismes et les enjeux biologiques ou phylogéographiques.