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Le propriétaire forestier face aux risques : évaluation des impacts sociaux-économiques des dégâts forestiers

Coordinateur(s)
Lysianne Guenneguez, IAE Bordeaux
Partenaire(s)
Université de Bordeaux IV

L’étude menée a pour objectif de comprendre quel a été l’impact de cet événement chez le propriétaire forestier gascon, de découvrir la manière dont il peut désormais appréhender un nouvel événement catastrophique (tempête, incendie…) qui viendrait bouleverser ses activités et donc de rechercher les modifications dans son comportement de gestionnaire de forêts. C’est, ainsi, à sa représentation du risque (en particulier risque tempête) que nous nous intéressons. Ce travail est conduit au travers de la perception de la tempête de décembre 1999 et de la crise consécutive, perception exprimée par les propriétaires forestiers eux-mêmes lors d’entretiens.

Les objectifs poursuivis étaient ambitieux puisque nouveaux et portant sur la perception d’une catastrophe et d’un concept : celui de risque. Une méthodologie originale a donc été élaborée à titre expérimental. Elle s’est révélée pertinente par rapport au sujet et prometteuse. Cette méthodologie nous a permis, grâce à l’analyse textuelle et l’utilisation du logiciel ALCESTE (avec l’application de l’Analyse Factorielle des Correspondances complétée par une Classification Ascendante Hiérarchique), d’avoir une connaissance globale de toute la vie des sylviculteurs interrogés et de leur perception de la catastrophe. La présentation de ces deux aspects sur un même plan factoriel rend possible la compréhension pragmatique de la représentation du risque. Pour aboutir à ce résultat, une élaboration des notions et concepts envisagés a donc été un préalable indispensable.

Cette étude nous a permis de comprendre la diffusion, au sein d’un groupe social, de l’onde de choc provoquée par un événement désastreux. La tempête de décembre 1999 a profondément marqué les propriétaires forestiers gascons mais il s’agit, semble-t-il, simplement d’un événement ponctuel tragique qui restera dans les mémoires, mais qui n’aura pas à long terme d’influence déterminante sur le comportement des acteurs. En effet, à la différence du risque d’incendie, la fréquence d’occurrence et l’expérience sensible de la tempête expliquent une représentation du risque moindre.

Les propriétaires forestiers gascons perçoivent et ont l’expérience d’une prévention individuelle et collective de l’incendie qu’ils ne peuvent avoir dans le cas de la tempête. C’est la fréquence d’occurrence qui autorise l’anticipation et donc la prévention d’un risque. De plus, ne pouvant prévenir le risque tempête, ne pouvant gérer l’événement quand il a lieu, les seules actions qu’ils peuvent envisager ont trait à la prévention de la crise consécutive.

Ainsi, il paraît possible d’amoindrir les conséquences dramatiques d’une nouvelle catastrophe en anticipant une organisation : restructuration foncière pour constituer des lots d’exploitation plus « rentables » pour les acheteurs, organisation collective de chantiers, pérennisation des moyens de stockage… Si dans l’ensemble, la représentation du risque et la perception de la catastrophe ne conduisent pas à des modifications majeures dans le comportement de gestion, on peut remarquer certaines amorces de changement ou de modernisation relevant de l’aspect économique.

Pour résumer l’appréhension des sylviculteurs, tout se passe comme s’ils se jugeaient, à bon droit, impuissants dans la prévention de la tempête. Ils n’ont pas toujours, cependant, conscience des possibilités d’actions sur la crise consécutive et l’organisation qu’elle devrait conduire à mettre en place et pérenniser. La notion de risque tempête n’est pas un instrument de gestion pour eux du fait de la faible probabilité d’occurrence de l’événement.

La probabilité d’occurrence d’un tel événement étant perçue comme très faible, à la différence de celle du feu, les sylviculteurs vont conserver majoritairement leurs conduites culturales. On peut cependant s’attendre à une évolution du contexte (cf. p.21) qui pourrait jouer le rôle de catalyseur d’un début d’évolution.

On peut dire cependant que, pour l’ensemble des propriétaires forestiers retenus pour nos entretiens, malgré la diversité des situations, il y a une profonde unité dans les attitudes. Ainsi, la diversité des comportements observés sur le terrain relève profondément de même principes de conduites.