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Effet des caractéristiques dendrométriques des hêtraies du quart nord-est sur le niveau des dégâts

Coordinateur(s)
Claudine Richter, ONF
Partenaire(s)
INRA

Malgré le nombre de tempêtes qui ont frappé les forêts feuillues au vingtième siècle, il existe peu de résultats sur les facteurs de la sensibilité au vent des arbres et peuplements feuillus.

Cette étude, qui s'appuie sur un réseau de placettes inventoriées avant les tempêtes de décembre 1999 et réexaminées après, a permis de mettre en évidence et de quantifier l'influence de paramètres dendrométriques et environnementaux sur la stabilité des futaies régulières de hêtre dans le Nord-Est de la France et d'y tester une éventuelle différence de comportement entre futaie et taillis-sous-futaie sous vent très fort.

En ce qui concerne les futaies régulières face à des vents variés, les facteurs de sensibilité mis en évidence ne surprendront personne : la vitesse du vent, la hauteur dominante du peuplement au-delà d'un seuil (23,5 m), la profondeur et la nature de l'obstacle à l'enracinement, la situation topographique. L'impact respectif de ces facteurs a été quantifié dans un modèle logistique prédisant le taux de dégâts en nombre de tiges.

Ce qui est un peu plus surprenant pour le forestier familier des résultats sur la sensibilité des résineux, ce sont les facteurs pour lesquels aucun effet significatif n'a été décelé : la densité du peuplement, son coefficient d'élancement Ho/Dg, les caractéristiques de la dernière coupe (intensité et date). Le hêtre, notamment quand il est défeuillé, ne se comporte pas comme un résineux...

En ce qui concerne la comparaison entre taillis-sous-futaie et futaies régulières face à un vent très fort (>140 km/h), sur stations semblables et sols plutôt détrempés, on peut retenir l'équivalence globale des dégâts dans les deux types de traitement, les jeunes futaies (basses) étant moins touchées et les vieilles futaies (hautes) plus touchées que les taillis-sous-futaie.

Si l'on affine l'analyse en cherchant un modèle qui explique le sensibilité individuelle des arbres au vent très fort, on aboutit à un modèle logistique qui fait intervenir :

- la profondeur du sol dans le sens attendu,

- une variable composite plus ou moins assimilable à un moment de force : c'est le produit du logarithme du rayon moyen horizontal du houppier par un bras de levier allant du sol au milieu du houppier vivant.


Ce modèle s'applique aussi bien pour les arbres de futaie que pour les arbres de taillis-sous-futaie.

Si ce résultat semble assez logique, il est contradictoire avec ce que l'on dit du comportement des résineux : à hauteur totale donnée, la probabilité de chablis du hêtre sous vent très fort augmente avec le diamètre de l'arbre (très corrélé au diamètre du houppier) et augmente donc quand le coefficient d'élancement H/D diminue.

En matière de conseils pour la gestion, on peut avancer l'hypothèse suivante (pour autant que l'absence de modèles de croissance du hêtre le permette) : si l'on se fixe un diamètre d'exploitabilité raisonnable (65 cm en bonne fertilité) alors chacun des trois scénarios 1) sylviculture très claire (densité de taillis-sous-futaie), 2) sylviculture dynamique actuellement préconisée, 3) sylviculture traditionnelle, a un léger avantage sur le suivant en termes de stabilité par vent très fort. Le risque de chablis des arbres-objectifs reste cependant élevé pour tous (>65% sur un sol de profondeur moyenne).

Cet avantage conjoncturel, face à un événement donné, se double d'un avantage stratégique : à chaque génération, plus la sylviculture est dynamique, plus la révolution est courte et moins les arbres restent dans une phase sensible. Toutefois, le premier scénario pouvant se révéler déficient du point de vue de l'élagage naturel d'une bille de pied convenable, il semble préférable de s'en tenir au second si l'on n'envisage pas d'élagage artificiel.

Il ne faut pourtant pas se bercer d'illusions, aucune sylviculture ne permettra de produire de gros arbres en s'affranchissant de tout risque de chablis. Il nous faut donc viser la recherche d'un compromis solide entre objectifs de production attrayants et risques de chablis, recherche qui demandera encore :

- des études complémentaires sur les facteurs de la sensibilité des arbres et des peuplements, pour d'autres espèces, dans des environnements plus variés...

- des modèles de croissance explicitant l'élagage naturel et les caractéristiques dendrométriques qui interviennent dans le risque chablis,

- des prévisions plus robustes sur le phénomène tempête, en terme d'aléa local (fréquence selon l'intensité).