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Adaptation des territoires alpins à la recrudescence des sécheresses dans un contexte de changement global

L’objectif de SECALP était d’analyser les mécanismes d’adaptation des territoires semi-naturels de montagne face aux changements climatiques, particulièrement la récurrence des sécheresses. Les objectifs spécifiques étaient :
(i) d’améliorer la compréhension des mécanismes de résilience et de transformation des écosystèmes,
et des processus d’adaptation des acteurs agricoles et forestiers.
(ii) de proposer des orientations pour accompagner ces acteurs au travers des politiques publiques agri-environnementales et de développement territorial, et
(iii) de proposer des stratégies d’observation à long terme pouvant favoriser l’adaptation des acteurs.

Peu de données sont disponibles pour évaluer les dynamiques écologiques à long terme. L’analyse des données disponibles pour les alpages et par les inventaires forestiers a suggéré une forte résilience aux sécheresses des 30 dernières années. On discerne cependant des réponses du recrutement forestier annonciatrices d’une érosion des limites inférieures d’espèces comme le hêtre et le sapin, et d’un déficit général de recrutement de l’épicéa sur les sols plus superficiels. Ces patrons sont confirmés par les approches expérimentales. Pour la forêt celles-ci ont montré que si la mortalité ne peut pas être directement reliée aux sécheresses sur les stations productives, le recrutement est lui sensible à la compétition pour l’eau avec le tapis herbacé et la canopée, en particulier entre feuillus et semis de résineux. La forte résilience des alpages, dont la dynamique et le fonctionnement sont principalement pilotés par la gestion, résulte de mécanismes d’adaptation physiologique dans ces milieux naturellement variables. Cependant, dans le cas du Vercors une réponse transitoire marquée (éclaircissement du couvert, régression des espèces plus mésophiles) l’année de la sécheresse extrême  reflète ce qui a été vécu par les éleveurs et les bergers. Les données d’observation comme les expérimentations ne permettent pas  d’exclure des effets plus drastiques à long terme, y compris des effets de seuil et des processus de rétroaction via les sols.
Les enquêtes réalisées auprès des acteurs agricoles et forestiers pour analyser leurs capacités et mécanismes d’adaptation aux sécheresses récentes ont révélé que les conséquences des sécheresses sur les  activités d'élevage et forestières sont par nature différentes en relation avec les échelles de temps de leur gestion et de avec leur fonctionnement économique. Les adaptations adoptées par les acteurs de l’élevage restent toutefois limitées à une adaptation des pratiques pour jouer sur la flexibilité des systèmes (alpages, prés de fauche, pâturages) sans modifications structurelles. Les  préoccupations des éleveurs et des forestiers se rejoignent sur l'impact à moyen terme des sécheresses, et se focalisent sur les interactions entre recrudescence des épisodes de sécheresse et contexte socio-économique. Ils partagent également leurs incertitudes sur les dynamiques à long terme (possibilités d’effets de seuils) et sur les conséquences de leurs modifications de pratiques pour la durabilité de leurs ressources, qu’elles soient fourragères ou forestières. Enfin, l’accroissement des sécheresses est susceptible de décloisonner les deux groupes d’acteurs, aussi bien par la demande de surfaces boisées « tampon » pour le pâturage, que pour la colonisation des alpages par le pin à crochet.
La construction participative de scénarios combinant modalités  climatiques et socio-économiques a permis de mettre en évidence le rôle relatif de ces deux dimensions dans l’adaptation des acteurs. Conformément à ce qui a été observé concernant la perception et l’adaptation aux sécheresses récentes, la réalité du changement est plus prégnante pour les éleveurs que pour les forestiers, ne serait-ce qu’en relation avec les échelles de temps de leurs décisions et la détectabilité des effets des événements récents. De manière  générale, les propositions d’adaptation sont en continuité avec les réponses récentes ou les anticipations qu’elles ont suscité. Les éventuels changements plus radicaux mettent en jeu l'attitude face aux aléas et intègrent toujours d'autres facteurs, notamment relatifs à l'évolution du contexte socio-économique, bien que celui-ci reste une incertitude dont le poids est majeur, en particulier dans la position attentiste des acteurs forestiers. Enfin, même s’il reste un facteur crucial d’incertitude, le contexte réglementaire sera décisif dans la capacité des acteurs à mettre en place des adaptations, comme le seront l’accompagnement technique et territorial. La mise en place d’un système d’observation adapté aux contraintes des milieux de montagne apparaît comme un défi non seulement scientifique, mais une réponse à une demande des acteurs pour soutenir leurs adaptations. L’analyse des réseaux et protocoles existants souligne un foisonnement de réseaux, de dispositifs et de protocoles à de multiples échelles. Sur l’exemple du réseau Alpages Sentinelles, un tel observatoire devra assurer la coordination et la communication entre réseaux, et en particulier entre scientifiques et gestionnaires, et entre protocoles pour les paramètres à combiner sur le climat, les écosystèmes (biodiversité et valeur productive) et les pratiques. Le partage de cette démarche entre gestionnaires des espaces naturels, acteurs agricoles, forestiers, scientifiques, et acteurs territoriaux est essentiel pour sa mise en place et sa pérennité, ainsi que pour accompagner l’adaptation.

Mots-clés : écosystèmes alpins, réchauffement climatique, sécheresse, alpages, dynamique forestière, écotones, pratiques pastorales, adaptation des systèmes d'élevage, adaptation de la gestion forestière, observations à long terme.

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